Reconvertir
Piscine, Aurillac (Cantal)

> Descriptif opération


La mode s’applique aussi à l’architecture : les programmes se métamorphosent, les formes se renouvellent, les matériaux se succèdent pour en souligner l’expressivité plastique. Ainsi, la piscine d’Aurillac résultait de la conception que les années 1960 se faisaient d’un tel équipement : assurer, dans des conditions permanentes de confort, l’initiation des scolaires et développer la pratique de la natation comme sport de compétition. Un solarium exprimait la relation nouvelle du corps au soleil née dans les années 1930. Deux bassins extérieurs permettaient à tous ceux qui ne pouvaient partir en vacances d’accéder aux plaisirs de l’eau estivale.

Moins de quatre décennies plus tard, un espace festif, combinant dispositifs ludiques et équipements liés au bien-être des adultes et des personnes âgées, est substitué à cette piscine.

Pour la Ville se pose alors la question du devenir du bâtiment désaffecté. Elle choisit de le conserver et d’y installer des fonctions sociales et associatives, soit un programme dense à articuler avec des volumes a priori assez peu coopératifs dès lors que les désirs sont ambitieux et les finances limitées.

L’agence Métafore greffe de nouveaux volumes pour fluidifier l’accès aux différents locaux et offrir de la lumière naturelle aux fonctions qui en réclament, de sorte qu’elle puisse faire glisser dans les profondeurs de l’ancienne construction les équipements qui s’accommodent de l’obscurité.

Si bien que les extensions de métal et de verre gomment toute présence identifiable du patrimoine XXe au profit exclusif de l’enveloppe du nouvel équipement tertiaire.

Caractéristique de l’existant

Édifiée par les architectes Roger Hummel et Maurice Burstin, la piscine est implantée à l’articulation du parc Hélitas (du nom du préfet qui le créa en 1915) et du stade Jean Alric (du nom du joueur du club fusillé par les occupants à la fin de la Seconde Guerre mondiale). Elle a remplacé un premier équipement ouvert en 1920, un simple bassin de plein air longé par une rangée de cabines disposée en colonnade, et constitue vraisemblablement la seule réalisation signée dans le Cantal par l’architecte parisien et son collaborateur régulier. Ceux-ci travaillaient essentiellement, en région parisienne, à des édifices liés à la santé publique et au logement social et, en province, à des réalisations scolaires et universitaires.

La piscine, dont la construction est décidée en 1966 et que les architectes achèvent en 1971 au sein du parc Hélitas, est caractérisée par de longues horizontales, un étage partiel en attique, des toitures-terrasses, un simple bassin intérieur prolongé par un solarium en belvédère sur le stade Jean Alric, visible depuis les lignes d’eau à travers de hautes baies vitrées pivotantes. Deux bassins extérieurs en plein air complètent l’équipement.

Elle est désaffectée en 2007 au profit du centre aqualudique du bassin d’Aurillac (CABA) qui ouvre quelques jours après dans un autre quartier de la ville. Alors que souvent l’idée d’une nouvelle utilisation d’un tel bâtiment peine à se dessiner, celui-ci fait l’objet de deux projets différents, un centre social proposé par la municipalité et une école municipale du sport souhaitée par l’opposition. Son devenir constituera même l’un des enjeux des élections municipales de mars 2008.

Procédure

Le programme déterminé par la Ville associe tertiaire et social. Les élus décident en effet d’implanter  dans l’ancienne piscine le service municipal des sports, l’office municipal des sports, les bureaux des éducateurs sportifs et ceux des personnels chargés de l’entretien des équipements sportifs et des stades. Cet ensemble voisinera avec les locaux administratifs et les salles d’activités du centre social des quartiers ouest de la ville dont le programme associe un lieu d’accueil parents-enfants (éveil et socialisation des 0-6 ans, échanges et discussions avec les parents) ; un relais d’assistantes maternelles ; un centre de loisirs (pour les 3/12 ans) ; un club ados (pour les 12-17 ans) ; un accompagnement à la scolarité ; une aide aux personnes fragilisées ;  l’hébergement de multiples clubs d’activités associatifs (tango, théâtre, peinture, photographie, couture et dentelles, chorale, gym, calligraphie…).

Interventions

Appliqué à des locaux aussi contraints que ceux d’une ancienne piscine, un tel programme présente a priori plusieurs difficultés. La première est de créer dans des espaces peu évolutifs des locaux diversifiés allant du simple bureau à la salle polyvalente, du mur d’escalade au dortoir pour les tout petits, de la salle d’attente des parents à l’espace repas des enfants. Il suppose aussi de parvenir à structurer l’ensemble en évitant les proximités sensibles en termes de confidentialité, de rythme de vie ou de nuisances, notamment sonores. Il pose globalement la question de la capacité de l’ancien bâtiment à accueillir ou non dans l’enveloppe existante les surfaces nécessaires aux nouvelles activités, ce qui induit celle de la préservation ou non de l’identité de l’édifice existant ou, tout au moins, de ses éléments architecturaux et des ses volumes les plus significatifs.

En se libérant du respect strict de la piscine, en prenant les espaces existants comme des surfaces utilisables (lorsqu’elles étaient facilement transformables) ou non (lorsque leur réutilisation entraînait des travaux trop conséquents), les architectes de Métafore (Patrick Reygade et Olivier Foa) se sont donnés une liberté : construire les surfaces manquantes en développant leur propre architecture et en suivant le fil de leur propre démarche esthétique. Leur attitude semble d’autant plus justifiée que ce bâtiment, contrairement à la quasi-totalité des piscines, ne se présente pas comme un bâtiment isolé posé sur un terrain plat, puisque trois de ses façades sont totalement ou partiellement encastrées dans la pente du site.

L’exemplarité de leur intervention tient dans l’analyse de la capacité de l’existant à se prêter ou non à la finalité des nouveaux usages. Les architectes ont considéré que ce qui pouvait être réutilisé constituait de la surface de plancher déjà construite et donc économique à investir tant qu’elle ne nécessitait pas de travaux onéreux pour être mise à nu.  Ces surfaces réemployées s’étant avérées insuffisantes pour accueillir la totalité des espaces nécessaire, ils ont procédé à une extension. Ils ont ainsi disposé,  à l’avant de l’ancienne façade, les circulations communes et les surfaces nécessaires aux fonctions réclamant le plus de lumière naturelle. Ils ont dessiné un volume signal édifié à l’aide d’une structure métallique (dont les poteaux inclinés disent la période de conception, le tournant du XXIe siècle) et la vague sommitale concentre à elle seule la mémoire de la dimension aquatique disparue, puisque rares sont les signes mémoriels conservés dans le bâtiment : du carrelage dans un escalier, un hublot dans une galerie technique désormais dédiée aux aéroliques…

Cette façon d’aborder la reconversion d’une piscine illustre la diversité des approches adoptées vis-à-vis d’une typologie extrêmement présente sur le territoire national : destruction radicale d’une piscine emblématique des années 1950 à Candé (Maine-et-Loire) ; état d’abandon où est laissée la piscine des Cèdres à Orange ; transformation de l’emblématique piscine Molitor à Paris en un luxueux centre de bien-être doublé d’un hôtel de très haut standing ; ambiguë reconversion de la piscine de Chatenay-Malabry en théâtre, le look 1930 des façades ayant été préservé mais l’intérieur profondément modifié ; l’expression spectaculaire  –  illustration sonore comprise – de l’état originel des lieux dans le musée de Roubaix.

La démarche adoptée à Aurillac associe élus et architectes dans une lecture où semble avoir été déconnecté l’existant de toute dimension patrimoniale éventuelle du XXe siècle, que ce soit  par rapport à l’histoire de cette typologie d’édifice, à la place de cette construction dans l’œuvre de ses  concepteurs ou à la situation de cet édifice au sein du patrimoine XXe d’Aurillac dont la connaissance reste à établir. Cette impasse faite, il restait aux architectes à évaluer la capacité de l’existant à accueillir le programme et donc la possibilité d’utiliser les planchers existants voire d’en créer de nouveaux. Dans cette logique, le projet Métafore constitue une réussite : l’édifice tient son rang entre rue, parc et stade ; son écriture l’apparente à un bâtiment tertiaire ; sa silhouette n’intègre aucune radicalité esthétique susceptible de déstabiliser les personnes en difficultés accueillies ici ; ses circulations sont fonctionnelles et desservent des entités bien identifiables car réparties par niveau, les pôles fonctionnels sont largement ouverts sur l’extérieur ou présentent de belles volumétries lorsqu’ils sont contenues dans l’ancien bâtiment.

Un édifice s’est effacé, un autre est né en le réutilisant non pour sa dimension culturelle mais de façon pragmatique pour une raison économique et des constatations pratiques, en se libérant de l’excès de contraintes qu’aurait apporté l’aîné dans le cas présent.

ÉDIFICE D’ORIGINE

– Maître d’ouvrage : Ville d’Aurillac

– Architectes : Roger Hummel, Maurice Burstin

PROJET 1966

– Réalisation 1971

– Fermeture : 2007

RECONVERSION

– Maître d’ouvrage : Ville d’Aurillac

– Architectes : Métafore, Patrick Reygade

– Projet 2007

– Réalisation : 2009/2011

À voir/ À lire

  • Fonds Roger Hummel au Centre d’archives de la Cité de l’architecture et du patrimoine : http://archiwebture.citechaillot.fr
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